Les acteurs de la fabrication

Un meuble livré, c’est toute une chaine de production qui travaille dans les Pyrénées : chacun de ces acteurs est heureux de vous présenter son métier ; ensemble, ils souhaitent faire perdurer un savoir faire et une capacité de production qui n’appartient qu’à eux.

Les forestiers

Des propriétaires de forêts publiques et privées ont fait le pari de vendre eux-mêmes des meubles en hêtre. Pour valoriser leurs forêts de montagne et défendre une sylviculture durable.

Défenseur des forêts de montagne

Depuis plus de 20 ans, Michel Castan milite pour que des aides soient accordées à l’exploitation des bois en montagne pour compenser ce handicap géographique indéniable. « Nous pouvons craindre que le savoir-faire local pour l’exploitation par câble et le débardage de ces arbres d’altitude ne se soit perdu… Pourtant cette récolte du bois de hêtre est indissociable d’une sylviculture durable. Faute de quoi, il ne resterait qu’une classe d’âge d’arbres, qui devenus vieux tomberaient avec les tempêtes. Il nous faut dynamiser la croissance du bois en exploitant bien sûr en période hors-sève ou sève basse. Nous devons favoriser les jeunes pousses qui captent davantage de carbone ».

Michel Castan« En créant la Compagnie du Hêtre,
nous avons choisi de regarder
l’avenir en redonnant à une essence locale ses lettres de noblesse »

Michel Castan, président de l’association des Communes forestières des Pyrénées Atlantiques, département majeur pour ses forêts de hêtre sur le massif pyrénéen.

 


 

Investir en forêt

Jean-Louis Chaire fait la promotion d’une « sylviculture fine qui maintient les sols et protège l’eau sans bouleverser les paysages ». Il veut aussi faire comprendre aux urbains ce que veut dire investir en forêt.
« Il y a dix ans j’ai planté 7 hectares protégés de l’atteinte des cervidés. On pourra couper ces bois dans 120 ans ; j’aurais alors 180 ans. Si je remonte le temps, je calcule que ce seront mes arrière-arrière petits enfants à l’âge de la retraite qui récolteront ces hêtres, s’ils n’ont pas été détruits par une tempête ou un incendie. Je plante car j’estime avoir un maillon de vie à transmettre ». Et un tel investissement prend davantage de valeur s’il s’insère dans une démarche globale de filière, comme le projet de la Compagnie du Hêtre.

Jean-Louis Chaire« J’ai adhéré à cette action collective
parce qu’elle veut servir l’intérêt général
et recréer une filière bois dans les Pyrénées. »

Jean-Louis Chaire, président d’un groupement forestier qui exploite 850 ha dans les montagnes de Hèches.

 

 

L’ONF, pour une forêt active et durable

« L’Office national des forêts, gestionnaire des forêts publiques, s’est engagé naturellement aux côtés des communes dans ce projet visant à favoriser la vente des bois et donc la sylviculture du hêtre, essence commercialement sinistrée dans les Pyrénées » rappelle Eric Constantin, directeur de l’agence ONF des Hautes-Pyrénées. Il souligne l’aspect innovant de l’initiative « conduite par les propriétaires avec une approche marketing s’intéressant d’abord aux attentes des clients ». « Cette approche territoriale qui s’appuie sur une forêt active pour les forestiers, mais aussi pour le tourisme, la chasse, le pastoralisme… doit rester aux mains de ses concepteurs ».

Le gestionnaire met en avant un autre atout : « le dimensionnement de la production de la Compagnie du Hêtre reste du domaine du réalisable , et ne concurrence ni la fourniture de bois d’oeuvre de qualité, ni celle de bois d’industrie sur le massif ».

 

Artisans et industriels

Un scieur militant

« Je suis fier de pouvoir scier à nouveau du hêtre et nous avons une revanche à prendre sur le hêtre ». Pierre Sanguinet, scieur de résineux dans les Hautes-Pyrénées, dénonce l’exportation massive des grumes vers des marchés lointains et la bataille que se livrent les industriels pour les petits bois sur le marché national.
Il joue dans une autre catégorie en sciant des gros bois de la montagne pyrénéenne jugés de moindre valeur. Avec son fils, il développe la société Sanguinet. « Dans la famille, on est né dans la sciure. Je suis né ici et cela répond à toutes les questions. Je dois créer de la richesse dans ma région. Je n’ai pas hésité à rejoindre la Compagnie du Hêtre, une initiative certes périlleuse, mais forte d’un schéma collaboratif original et qui n’a rien d’un club privé ».

Sanguinet« Nous devons réapprendre le séchage
et les caractéristique du hêtre pyrénéen
comme sa nervosité, c’est notre bois. »

La scierie Sanguinet d’Argelès-Gazost est une histoire familiale : créée par le grand père de Pierre en 1928, passée aux mains de son père, il y travaille avec son frère et son fils. Ils emploient 41 salariés sur 2 sites et 60 pour l’exploitation forestière.

 

 

Les menuisiers

Des artisans travaillent toujours le hêtre. Attentifs aux projets de la Compagnie du Hêtre, ils espèrent qu’une nouvelle dynamique va s’enclencher sur les Pyrénées.

Pour valoriser la forêt

« Le bois c’est le maître » affirme Bertrand Du Chazaud qui dirige la société Sambéat. Ex-salarié de l’industrie, il a conservé un esprit méthodique et a laissé libre cours à son goût pour la conception et à son sens du bois. Il choisit des bois du Sud-Ouest pour proposer des agencements à ses clients. « Nous devons valoriser davantage les bois locaux, les arbres poussés en pente. Je dis cela en qualité d’être humain attentif à ce terroir, à sa forêt ».
Cependant, il utilise très peu de hêtre. « Mon entreprise aurait besoin de panneaux en hêtre massif, de carrelé produits industriellement et donc à un coût abordable » explique-t-il. « Des bois caractérisés, colorés à utiliser dans un esprit contemporain ». Il attend donc beaucoup de la mise en œuvre des projets de la Compagnie du Hêtre.

Bertrand Du Chazaud« Je réfléchis à l’avenir et reste attentif aux évolutions du marché et des technologies afin d’orienter mon entreprise. »

Bertrand Du Chazaud s’est reconverti menuisier en 2000. Avec son épouse Régine et six salariés, ils ont développé une PME à Miramont-de-Comminges qui réalise des huisseries, des agencements et aménagements intérieurs.

 


 

Vivre et travailler au pays

Pierre-Georges Gonnet travaille les bois depuis 30 ans ; il s’est associé à un jeune ébéniste Nicolas Bourguétou. Tous deux sont conscients « qu’il y a le feu au lac » pour la filière bois et qu’il faut « remettre du lien et de la cohésion ». Ils se soucient du devenir de l’artisanat de transformation du bois, du scieur à l’ébéniste.

Déjà engagés dans une structure collective, ils ont été intéressés par la mise en place de la Compagnie du Hêtre et les passerelles possibles avec elle. Ils ont travaillé avec un lot d’avivés fourni par la Compagnie du Hêtre. « Veiné, coloré de brun et de rouge, il était plus vivant que le hêtre affadi vendu les dernières années » affirment-ils. Et pour le valoriser dans de bonnes conditions, ils savent que les artisans doivent ensemble résoudre la question du stockage des bois. Un préalable pour développer de nouvelles unités de production.

Gonnet« Bien stocké sans grandes variations hygrométriques, le hêtre ne pose pas plus de difficulté que les autres bois et son grain fin permet de réaliser plus rapidement les finitions. »

Pierre-Georges Gonnet, ébéniste restaurateur depuis 30 ans, a renoncé aux bois importés et plaide pour les bois locaux. Il est engagé dans une association de sauvegarde du patrimoine béarnais « Ostau deu Mòble Bearnés ».

 

Le fabricant de meubles

Patrick et Monique Tujague ont succédé à leur père à la tête de la société Tujague en 1985. Ils ont installé leur production sur un marché de moyen et haut de gamme avec des meubles dessinés et soignés en chêne et merisier américain. Un marché sur lequel le hêtre est jugé jusqu’alors de moindre valeur. « Lorsque l’on m’a présenté les projets de la Compagnie du Hêtre, le dessin des meubles m’a tout de suite intéressé et j’ai pressenti qu’ils pouvaient avoir un intérêt commercial » explique l’entrepreneur. La ligne de la Compagnie du Hêtre suscite un intérêt notable chez les clients habituels de la société Tujague.
« En valorisant les singularités du hêtre, ses petits nœuds, ses taches rouges… nous parlons aux acheteurs potentiels des particularités du bois. C’est dans l’air du temps, de même que valoriser les produits locaux ». Au départ, une petite appréhension à travailler un bois dit « nerveux ». « Mais il suffit de changer ses habitudes, de ne pas usiner le bois trop tôt et de trouver de nouvelles astuces, rien d’insurmontable ». Il a également fallu être créatif pour repenser les plans du designer en fonction des contraintes de fabrication, les redessiner en 3D et les transférer vers les machines à commande numérique. Le bureau d’étude Tujague a été mis à contribution. Une réelle collaboration a permis d’aboutir à la standardisation d’une première ligne de meubles.

Patrick Tujague« En ayant mis au point la fabrication
des premiers meubles de la Compagnie du Hêtre, nous sommes fiers du résultat obtenu grâce à un dialogue intéressant avec les designers. »

Patrick Tujague veille à la production de 200 à 300 meubles chaque semaine. A Vic-en-Bigorre, l’entreprise artisanale emploie 40 personnes.